A PROPOS

Mon travail fait état d’une perception dominée par une approche sensible et sensuelle, transposée par la couleur et par le geste.

Tableaux, photographies, films et objets sont les formes plurielles de l’expression de ce rapport au monde. Par les variations de matières et de supports, je cherche la continuité d’un univers. La peinture en demeure la ligne de force ; j’ai recours aux autres médiums comme à des manifestations satellites, dans une volonté d’ouverture de ma pratique de peintre. Elles la nourrissent tout autant qu’elles la prolongent.

Les tableaux s’ordonnent à première vue en fonction de l’absence ou de la présence de signes. Vide, disparition, surgissement – plutôt qu’abstraction versus figuration.
Si les gradations colorées suggèrent en premier lieu des espaces aériens, elles nous opposent aussi leur artificialité, leur nature même d’artefact. Le vide ici est plein de couleur, en tension avec la densité des couches, l’intensité de la saturation. Cette ambivalence est inhérente au processus pictural en lui-même. Dépositaire de mes gestes successifs, la surface peinte les livre effacés par leur propre répétition ; les couleurs s’y dissolvent, absorbent la trace du passage de la main. Cherchant ainsi à me soustraire, je constate l’impossibilité d’y parvenir : l’imperfection, si discrète soit-elle, révèle toujours le procédé. J’y reconnais une juste expression de ma quête, et une perspective de prolongement de mon travail.

A contre-courant de l’effacement, j’appelle alors le geste à se manifester ouvertement. Peinte puis froissée et retravaillée par glacis, la toile dévoile une peinture négative, aléatoire, une trame par soustraction. L’usage de mortiers décline ma recherche autour de la matérialité de la couleur, révélatrice d’une réalité palpable, terrienne.

Le sable est un de mes matériaux de prédilection. Par sa nature même, il nous renvoie aux notions de tangible et d’intangible, de disparition, d’insaisissable. Il me permet aussi d’invoquer un univers maritime, solaire, méditerranéen, balnéaire enfin, qui m’est proche et repose à la source de mon de mon désir créatif. Qu’ils soient vierges ou peuplés de signes, mes tableaux sont toujours des paysages, des fenêtres vers un ailleurs familier. Film et photographie ont ici pour origine une démarche de diariste, promeneuse solitaire et collectionneuse d’images, blogueuse incognito. Le mur virtuel est appréhendé comme lieu à investir, en écho direct à celui de l’atelier. Face aux écrans vidéo et à l’image photographique, la peinture advient à la fois comme contrepoint et prolongement d’une narration.

Il s’agit de faire exister un espace, par la couleur et par le geste. Il s’agit de créer un univers, que je souhaite aussi immersif pour le spectateur que l’est pour moi la perception du monde qui m’entoure.