A PROPOS

Mes tableaux expriment un rapport sensible et sensuel au monde. Ils font état d’une immédiateté sensorielle, transposée par la couleur et par le geste.

Si les gradations colorées suggèrent en premier lieu des espaces aériens, atmosphériques, elles nous opposent cependant leur artificialité, leur nature même d’artefact. Le tableau se veut le lieu d’une projection céleste, la tentative de contenir une présence immatérielle ; il n’existe pourtant que par sa dimension physique, s’appréhende par sa taille, sa gravité, son ancrage dans l’espace. Le vide ici est plein de couleur, mis en tension avec la densité des couches, la pesanteur du médium, l’intensité de la saturation.

Cette ambivalence est inhérente au processus pictural en lui-même. Celui-ci se définit avant tout par le mouvement, une gestuelle automatisée, inlassablement répétée. Dépositaire de mes gestes successifs, la surface peinte les livre effacés par leur propre répétition. Les couleurs s’y dissolvent, absorbent la trace du passage de la main. Cherchant ainsi à me soustraire, je constate l’impossibilité d’y parvenir : l’imperfection, si discrète soit-elle, révèle toujours le procédé.

Loin de vouloir m’en défaire en recourant à d’autres moyens techniques, j’y reconnais une juste expression de ma quête – et une perspective de prolongement de mon travail. A contre-courant de l’effacement, j’appelle alors le geste à se manifester ouvertement. La dégradation se décline, ainsi, à sens multiple. Peinte puis froissée et retravaillée par glacis, la toile dévoile une peinture négative, une trame par soustraction. L’usage de mortiers décline ma recherche autour de la matérialité de la couleur. En s’invitant à la surface lisse du tableau, le grain renvoie à une réalité tangible, palpable, terrienne. La conservation des bords perdus vient, au détour du cadre, rappeler l’intervention, souligner le passage de la brosse.

Il s’agit de faire exister un espace, par la couleur et par le geste. Il s’agit de créer un univers, que je souhaite aussi immersif pour le spectateur que l’est pour moi la perception du monde qui m’entoure.
L’extension ponctuelle de ma pratique de peintre à des manifestations satellites – volume, film, photographie – nourrit ma recherche d’un univers sensible, rendu visible dans une continuité.